Entraînement de longue durée sous protection respiratoire

  06. octobre 2016

"L’entraînement est une découverte de ses propres limites." Daniel Guischard, responsable de l’équipe de sauvetage en milieu souterrain et minier du corps des sapeurs-pompiers de Bad Homburg, pousse sciemment ses hommes aux limites de leurs possibilités, afin de préparer les membres de cette unité spéciale à affronter des interventions de longue durée effectuées avec des appareils de protection de la respiration à circuit fermé. Leur territoire d’intervention n’est pas courant: cette équipe de sauvetage en milieu souterrain et minier a en effet été créée pour assurer la sécurité de l’alimentation en eau de Bad Homburg, une ville du Taunus.

Un long trajet à parcourir jusqu’au fond de la galerie

Les soixante pourcents des besoins en eau potable de la ville de Bad Homburg sont assurés en transportant le précieux liquide dans des réseaux souterrains. La plus importante des quatre galeries destinées à cet effet qui s’enfoncent sous le massif du Bleibeskopf est la "Elisabethenstollen" qui mesure 1972 mètres de long. Pratiquement un tiers de la longueur totale se trouve avant l’étroiture qui marque le fond de la galerie et peut être parcouru à pied. C’est là que se trouvent les 567 mètres de conduites de transport d’eau, conduites qui ont toutes dû être remplacées il y a quatre ans. C’est dans ce contexte que s’est posée la question de savoir ce qu’il se passerait si un ouvrier employé à ces travaux de rénovation dans l’une des galeries avait besoin de secours. "Si nous voulons pénétrer aussi loin dans la galerie, l’autonomie de nos appareils conventionnels de protection respiratoire n’est pas suffisante", explique Daniel Guischard qui précise: "Il faut savoir qu’il faut environ 50 minutes pour parcourir le trajet d’aller."

L’équipe de sauvetage en milieu souterrain et minier est soumises à des exigences élevées

Ce qu’implique exactement le passage à des appareils à circuit fermé et le travail dans des galeries étroites est clairement apparu aux membres de l’unité de sauvetage en milieu souterrain et minier nouvellement créée lors d’un exercice organisé dans le Clausthal-Zellerfeld: c’est en effet là qu’ils ont eu l’occasion d’endosser les appareils à circuit fermé dans le cadre d’un exercice d’endurance d’une durée de deux heures. "Nombreux sont ceux qui ont abandonné à ce moment-là, ce qui est important pour toute l’équipe constituée et également digne d’éloges. A ce sujet, il faut souligner que personne ne s’est moqué de ceux qui ont décidé de renoncer à une incorporation dans cette unité", affirme Daniel Guischard. Si pour certains la claustrophobie a été l’une des raisons de leur renoncement, pour d’autres c’était l’intensité des entraînements qui a pesé dans la balance: les membres de cette unité spéciale s’astreignent en effet à suivre un programme sportif deux fois par semaine. "Dans l’équipe, on compte aussi des volontaires pour lesquels la pratique du sport constitue également une obligation", souligne encore Daniel Guischard.

Le territoire d’intervention s’agrandit

La conscience de ce que sont les chantiers souterrains et des dangers qu’ils comportent s’est développée depuis la création de ce groupe de sauvetage en milieu souterrain et minier. Dans ce contexte, l’agrandissement et la rénovation des installations d’alimentation et d’évacuation des eaux de la ville constituent des thèmes permanents. En effet, afin de générer le moins de nuisances possible au niveau du trafic urbain, la plupart des chantiers sur lesquels travaillent les équipes de construction sont souterrains. De plus, des travaux de maintenance – notamment au niveau des systèmes d’alimentation électrique – doivent également être effectués en parallèle dans de longs puits de visite souterrains. Il est à noter que, selon la structure des lieux, la charge thermique existant sur les chantiers souterrains peut être importante en raison de la sciure ou des copeaux provenant du bois de construction utilisé ou des matériaux employés pour l’étanchéification, comme par exemple la laine de bois. Pour l’équipe de sauvetage en milieu souterrain et minier, cela signifie qu’il faut intervenir dans des milieux saturés de CO2, effectuer des sauvetages de personnes ensevelies et lutter contre des incendies souterrains.

Une concentration élevée de parkings souterrains

Le troisième domaine d’intervention de cette unité multifonctionnelle est constitué par les nombreux parkings souterrains de la ville de Bad Homburg. En effet, le prix élevé du terrain (5000 euros/m2) a pour conséquence que, dans cette cité, de plus en plus de places de parc sont construites sous terre. De plus, nombreux sont les parkings souterrains privés à ne pas être équipés de ventilation mécanique ce qui, en cas d’incendie, accroît significativement le problème de l’enfumage. Sans compter l’augmentation du nombre des véhicules à propulsion électrique qui génèrent de nouvelles sources de dangers potentiels. Tout cela a pour conséquences que, rien que durant ces deux dernières années, l’unité spéciale a déjà dû affronter trois feux de parkings souterrains dans une ville de 55 000 habitants. Tous ces éléments constituent une raison supplémentaire pour effectuer à l’International Fire Academy le grand exercice de protection respiratoire annuel et pour combiner celui-ci avec une formation dispensée dans le parking souterrain d’exercice de Balsthal.

"La force de frappe est extrêmement élevée"

L’entraînement que l’unité spéciale de Bad Homburg a effectué dans le tunnel d’exercice de Lungern a duré deux heures et demie. Après avoir endossé son équipement spécial, l’équipe de sauvetage en milieu souterrain et minier s’est confrontée à un scénario prévoyant une marche d’approche prolongée (deux tours) et a testé de nouveaux brancards spéciaux pour le sauvetage de personnes. "A présent, nous avons une tout autre perception de ce que doit être la sécurité opérationnelle", résume Daniel Guischard. "Nous sommes toujours confrontés à des défis et nous devons également travailler en gardant cette évidence à l’esprit." L’objectif du responsable est de renforcer l’unité spéciale en en portant l’effectif à 24 personnes tout en ne perdant pas de vue les exigences physiques et psychiques auxquelles sont soumis ses membres: "Notre devise est: la qualité prime sur la quantité. La force de frappe d’une équipe motivée et entraînée, notamment avec les expériences et les connaissances acquises à Balsthal, est extrêmement élevée."

Optimiser les conditions d’intervention

Afin de minimiser les défaillances possibles, les membres de l’équipe de sauvetage en milieu souterrain et minier font tout pour réduire au maximum toutes les contraintes auxquelles ils ont à faire face, que ce soit en exercice ou en intervention. Au niveau de l’habillement, ils sont déjà équipés de vêtements assurant une meilleure évacuation de la chaleur. "A l’heure actuelle, nous testons des systèmes de refroidissement actifs après avoir déjà essayé des systèmes passifs, car l’un des principaux problèmes que nous rencontrons est celui du stress thermique, qui est énorme." C’est notamment pour cette raison que les exercices de grande ampleur et les interventions sont encadrées par le docteur Kai Rüttger, qui est urgentiste et spécialiste du sauvetage. En l’occurrence, ce dernier n’a pas seulement accompagné les exercices effectués à Clausthal-Zellerfeld et à Balsthal et Lungern, mais il y a lui-même participé, afin de bien comprendre ce qu’est exactement un profil de charge physique et ainsi de se préparer au mieux à tout cas d’urgence réel.

Informations générales sur les équipes de sauvetage en milieu souterrain et minier

La centrale de sauvetage souterrain et minier de l’association professionnelle des mines d’Allemagne a édicté des directives relatives à l’organisation, à l’équipement et à l’engagement d’équipes de sauvetage en milieu souterrain et minier. Ces directives peuvent être téléchargées ici 

Cette séquence filmée de 3 minutes 39 donne une bonne idée de ce qu’a été l’exercice de protection de la respiration réalisé à Clausthal-Zellerfeld.

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