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Les besoins en personnel pour les interventions dans les tunnels

Combien de personnes sont-elles nécessaires pour une intervention de lutte contre l’incendie dans un tunnel routier ou ferroviaire? Il faut savoir qu’il n’y a pas de réponse toute faite à cette question. C’est pour cette raison que nous donnons, dans cet article, quelques conseils pour la planification des besoins en personnel spécifiques à l’ouvrage ou au site concerné.

Le besoin en personnel résulte des missions attribuées


Dans le domaine des interventions de lutte d’incendie dans les infrastructures souterraines de circulation, il s’est avéré judicieux d’opérer une distinction entre les trois missions essentielles que sont la «reconnaissance», l’«extinction» et la «recherche et sauvetage». Et ceci, sans compter les tâches inhérentes à la direction de l’intervention ainsi que les fonctions d’assistance typiques des interventions de lutte contre les incendies, telles que la surveillance des équipes engagées sous protection de la respiration ou l’approvisionnement en eau sur de longues distances.

Les besoins en personnel pour la reconnaissance

Une seule personne peut suffire pour effectuer la reconnaissance en dehors de la zone de danger, par exemple à l’extérieur de l’ouvrage devant une sortie de secours. En revanche, dans les zones enfumées ou susceptibles de l’être, il faut disposer d’au moins deux personnes. Celles-ci doivent appréhender et évaluer la situation du point de vue de la direction de l’intervention, raison pour laquelle le chef de l’équipe de reconnaissance doit être en tous cas un sapeur-pompier expérimenté qui, idéalement, doit également avoir une connaissance approfondie du tunnel concerné.

Les besoins en personnel pour l’extinction

Il n’existe pas d’analyses statistiques sur le nombre moyen de sapeurs-pompiers engagés pour éteindre les feux de véhicules dans les tunnels. L’International Fire Academy recommande d’engager des équipes de cinq sapeurs-pompiers. Dans ce cas, chaque binôme dessert une conduite de refoulement. Les deux binômes sont coordonnés par le chef de groupe, qui communique également avec l’officier de secteur ou avec la direction de l’intervention et qui contrôle l’efficacité de l’extinction à l’aide d’une caméra thermique.

Les besoins en personnel pour la recherche et le sauvetage

Les besoins en personnel de l’équipe de recherche et de sauvetage sont déterminés par la tactique de recherche adoptée. Ainsi, dans un tunnel routier à deux voies, deux binômes effectuent la recherche sur les véhicules situés sur chacune des voies de circulation. Dans les tunnels ferroviaires, pour effectuer la recherche dans les wagons voyageurs, un binôme est déployé de chaque côté du convoi ferroviaire et un autre à l’intérieur du train lui-même. L’équipe Recherche et sauvetage est ainsi composée de six personnes. Dans le cas des wagons à deux étages, un binôme supplémentaire peut être nécessaire pour parcourir l’étage supérieur des wagons. La coordination des opérations de recherche et de sauvetage est assurée par un chef de groupe.

Les équipes doivent être capables d’opérer en mode multifonctionnel

Si des sapeurs-pompiers sont par exemple engagés dans des équipes d’extinction, cela ne signifie pas qu’ils doivent assumer exclusivement cette fonction pendant toute la durée de l’engagement. Quelle que soit la mission initiale, la direction de l’intervention doit pouvoir engager n’importe quelle équipe dans n’importe quelle mission.

Le nombre d’équipes engagées dépend de la situation


Le nombre d’équipes de reconnaissance, d’extinction et de recherche et sauvetage nécessaires pour une intervention dépend de nombreux facteurs. En règle générale, si le tunnel dispose d’une alimentation en eau efficace, il faut relativement peu de personnel pour combattre le feu. Dans les longs tunnels, qui peuvent être complètement enfumés, des dizaines d’équipes de recherche et de sauvetage peuvent être requises. Les critères en matière de besoins en personnel pour les équipes de recherche et de sauvetage dans les tunnels routiers sont présentés ci-dessous, suivis d’informations sur la situation relative aux tunnels ferroviaires.

Les besoins en équipes de reconnaissance

Dans les tunnels ferroviaires et routiers, le besoin en équipes de reconnaissance découle des informations devant être récoltées, lesquelles peuvent être subdivisées en informations spécifiques à l’ouvrage et en informations spécifiques à l’événement.

Les informations spécifiques à l’ouvrage sont, par exemple, la longueur du tunnel, le nombre et la disposition des tubes, les voies, les rails, les sorties de secours, le type de ventilation, les équipements de sécurité, etc. Plus ces informations sont préalablement collectées et documentées dans le cadre de la planification de l’intervention, moins il sera nécessaire de les recueillir en cas d’intervention. 

Des modèles de plans d’intervention peuvent être téléchargés à la rubrique «Connaissances».

Les informations spécifiques à l’événement sont par exemple des informations sur ce qui brûle et où cela brûle exactement, sur la direction dans laquelle les fumées se déplacent, sur le nombre de personnes impliquées, sur la façon dont les intervenants doivent se comporter et sur d’éventuelles matières dangereuses présentes dans l’ouvrage. Plus le système de tunnels et l’événement sont complexes, plus les équipes de reconnaissance doivent être nombreuses pour récolter ces informations. L’accès direct aux caméras de surveillance et aux enregistrements vidéo de l’événement peut par contre réduire considérablement les besoins en personnel.

Les besoins en équipes d’extinction

A en juger par les retours d’information que l’International Fire Academy reçoit de la part des sapeurs-pompiers, une équipe de cinq personnes suffit pour procéder avec succès à une extinction rapide, et ceci même en cas de feux de véhicules importants. Cependant, dans la phase initiale, il est souvent difficile de savoir à partir de quel portail de l’ouvrage le lieu de l’incendie peut être atteint le plus rapidement. C’est pour cette raison que l’International Fire Academy recommande que, pour toutes les interventions de lutte contre l’incendie réalisées dans les tunnels, au moins une équipe d’extinction soit engagée de chaque côté (attaque en tenaille). Le feu sera ensuite éteint par l’équipe qui atteint en premier le lieu de l’incendie. La deuxième équipe pourra alors, par exemple, être engagée comme équipe de sécurité ou en soutien à la première équipe en cas de feu important.

Les besoins en équipes de recherche et de sauvetage dans les tunnels routiers

Dans les tunnels routiers, le besoin en équipes de recherche et de sauvetage est principalement déterminé par le nombre de sections potentiellement enfumées (en l’occurrence, une «section» est la portion d’un tube de tunnel située entre deux sorties de secours). Selon la norme européenne actuellement en vigueur, dans les tunnels routiers, ces sections ont une longueur maximale de 500 m. Cela correspond à la distance que les porteurs d’appareils de protection de la respiration bibouteilles peuvent généralement tout juste gérer. Dans certains tunnels routiers, la distance entre les sorties de secours est d’environ 100 m. Il convient donc de réfléchir au fait d’engager une seule équipe dans chaque section, auquel cas des appareils de protection de la respiration monobouteille seraient suffisants ou plutôt d’engager des équipes de sapeurs-pompiers équipés d’appareils de protection de la respiration bibouteilles qui pourraient alors effectuer la recherche et le sauvetage dans deux ou trois sections.

Le nombre de sections d’un tunnel routier qui peuvent être enfumées dépend principalement du type de ventilation dont l’ouvrage est équipé. Si les fumées sont extraites au moyen d’exutoires situés des deux côtés du foyer, la propagation des fumées sera alors limitée à quelques sections. En revanche, en présence d’une ventilation longitudinale, les fumées qui se trouvent dans l’espace de circulation seront poussées vers l’un des portails, ce qui, dans le pire des cas, peut entraîner un enfumage de la totalité du tube. Dans ce cas, il faudra engager autant d’équipes de recherche et sauvetage qu’il y a de sections enfumées.

Les besoins en équipes de recherche et de sauvetage dans les tunnels ferroviaires

Dans le domaine des tunnels ferroviaires, il est extrêmement difficile d’estimer les besoins en personnel. Premièrement, il n’y a – fort heureusement d’ailleurs – aucune indication chiffrée dictée par l’expérience et susceptible d’être exploitée pour pouvoir évaluer les besoins en équipes de recherche et de sauvetage. Ainsi, par exemple, on ne sait pas combien de temps il faut pour fouiller un train de 400 m de long dans des conditions d’intervention. Deuxièmement, les tunnels ferroviaires sont très différents les uns des autres. Il existe en effet de nombreux tunnels de plusieurs kilomètres de long qui, à l’exception des portails, n’ont pas d’issues de secours alors que, dans les nouveaux ouvrages, la distance entre les sorties de secours est généralement de 500 m. Troisièmement, les besoins en personnel dépendent également de la possibilité d’utiliser des trains d’extinction et de sauvetage ou des véhicules combinés rail-route. C’est donc pour cette raison que, au moins pour ce qui concerne les anciens tunnels ferroviaires, une analyse détaillée au cas par cas est nécessaire pour pouvoir définir les besoins en personnel.

Un facteur critique: le temps de réponse


L’un des paramètres les plus importants pour déterminer les besoins réels en personnel est le temps de réponse des unités de première intervention. Le diagramme ci-dessous indique le profil typique du développement des températures dans les incendies. Après l’allumage, le feu se développe d’abord lentement jusqu’à ce qu’il se transforme soudainement en inflammation totale. La phase naissante des feux de véhicules dure environ dix minutes.

Plus la température augmente, plus la quantité de fumées produite par unité de temps augmente. Cela signifie que plus vite le feu est éteint, plus vite le tunnel peut être désenfumé, moins les gens sont exposés aux gaz de combustion, plus vite les opérations de recherche et de sauvetage peuvent être menées à bien et plus l’importance des dommages corporels prévisibles est faible.

Du point de vue des besoins en personnel, cela signifie que si un feu de véhicule est éteint dans les quelques minutes qui suivent sa naissance, le nombre de personnes nécessaires pour effectuer la recherche et le sauvetage sera considérablement moindre que dans le cas d’une inflammation totale de plus longue durée. Cela peut sembler anodin, mais il en découle trois conséquences significatives:

  • plus vite le feu est détecté et plus vite les sapeurs-pompiers sont alertés, plus grandes sont les chances de limiter les dommages corporels. Ce processus doit donc être organisé de manière aussi optimale que possible. Il convient notamment de veiller à ce que la centrale d’engagement des sapeurs-pompiers soit informée au plus vite dès qu’il y a le moindre soupçon d’incendie. De plus en plus de corps de sapeurs-pompiers ayant des tunnels dans leur territoire d’intervention sont désormais alarmés pour tous les accidents qui ont lieu dans «leurs» tunnels, même s’il n’y a aucun signe de développement d’un incendie. Certains corps de sapeurs-pompiers assurent même la récupération des véhicules en panne en fournissant des services de dépannage avec leurs véhicules;
  • si des sapeurs-pompiers sont stationnés directement au(x) portail(s), comme c’est le cas au Centre d’intervention du tunnel routier du Gothard, l’étendue des dégâts peut être limitée efficacement, même avec peu de personnel;
  • si, en revanche, les sapeurs-pompiers ont besoin de plus de dix minutes entre la détection de l’incendie et leur arrivée sur le lieu du sinistre dans le tunnel, il faut toujours partir du principe, lors de la planification des interventions, que, à l’arrivée sur site des forces d’intervention, le véhicule concerné sera en inflammation totale et que, si le tunnel est équipé d’une ventilation longitudinale, tout le tube concerné sera totalement enfumé.

Conclusion et exemple de calcul


Prenons comme exemple un tunnel routier monotube de 900 m de long équipé d’une ventilation longitudinale avec – en plus des portails – deux sorties de secours. Cela signifie que, dans le pire des cas, il faudra explorer trois sections de 300 m. Le besoin minimal en termes de personnel pourrait alors être calculé comme suit:

  • trois équipes de reconnaissance composées d’un binôme chacune;
  • deux équipes d’extinction composées de cinq personnes chacune;
  • trois équipes de recherche et sauvetage composées de cinq personnes chacune;
  • sans compter toutes les personnes assurant des fonctions d’assistance résultant de diverses prescriptions (règlements de service), de l’organisation de conduite concernée et de l’équipement des véhicules comme, par exemple, le chef d’intervention, les machinistes, les équipes de sécurité, etc.

L’International Fire Academy recommande que cette importante mobilisation initiale soit simulée à l’aide de la technique des jeux sur plans – ceci également dans le but de pouvoir identifier les besoins en personnel qui ne pourraient pas être garantis dans la phase initiale. Cet état de fait a pour conséquence que certains corps de sapeurs-pompiers n’engagent par exemple pas d’équipes de reconnaissance en raison du manque de personnel, même si cela est loin d’être optimal.

Dans le cas de systèmes de tunnels importants et complexes, pour lesquels plusieurs corps de sapeurs-pompiers doivent être engagés conjointement dans le cadre de la première mobilisation, il est conseillé d’organiser des ateliers communs de planification des interventions, ateliers pour l’organisation et la mise en œuvre desquels l’International Fire Academy peut donner des conseils.

CONSEILS EN MATIERE D'ORGANISATION SYSTEMIQUE