ifa_MAG_293_CBR_2924.jpg

Elaboration de règles d'engagement pour les interventions effectuées en présence d’hydrogène

De plus en plus de véhicules fonctionnant à l’hydrogène circulent sur les routes et donc également dans les tunnels routiers et les parkings souterrains. C'est pour cette raison que l'International Fire Academy participe au projet «HyResponder». Dans ce contexte, une filière de formation spéciale axée sur les interventions sur les véhicules fonctionnant à l’hydrogène et les systèmes dotés de la technologie des piles à combustible va être élaborée en collaboration avec des corps de sapeurs-pompiers et des écoles de formation des services de défense de plusieurs pays européens. Arrivés à mi-chemin de ce projet de trois ans, nous en présentons ici un rapport intermédiaire.

Utilisation de plus en plus fréquente des technologies liées à l'hydrogène


Récemment encore, l'hydrogène était considéré comme un potentiel vecteur énergétique du futur. En réalité, les technologies liées à l'hydrogène sont depuis longtemps devenues d’actualité. Ainsi par exemple, le site web H2stations.org recense déjà onze stations-service délivrant de l’hydrogène rien qu'en Suisse. Et la Migros, par exemple, utilise huit camions fonctionnant à l'hydrogène pour l’approvisionnement quotidien de ses magasins. Aujourd'hui déjà, n'importe quel corps de sapeurs-pompiers pourrait être confronté à un accident ou à un incendie impliquant un véhicule fonctionnant à l’hydrogène, par exemple dans un tunnel ou dans un parking souterrain. Dans ce contexte, l'International Fire Academy, en coordination avec la Coordination suisse des sapeurs-pompiers (CSSP), participe à un projet financé par l'Union européenne visant à développer des filières de formation spéciales pour les sapeurs-pompiers sur le thème de l'hydrogène.

Basé sur les connaissances et orienté vers la pratique


Le projet est coordonné par le centre HySafer de l'Université d'Ulster à Belfast (Irlande du Nord), l'un des principaux instituts de recherche mondiaux sur les technologies liées à l'hydrogène. Du côté des sapeurs-pompiers, c’est l'Ecole nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers qui a pris le lead de ce projet. Au total, seize experts issus de corps de sapeurs-pompiers et d'écoles de formation de sapeurs-pompiers, d'autorités, d'entreprises industrielles et d'instituts scientifiques y participent. Ensemble, ils doivent élaborer un programme de formation des formateurs sur la base duquel les sapeurs-pompiers de tous les niveaux de la chaîne de commandement pourront être formés aux interventions dans lesquelles de l'hydrogène est impliqué d'une façon ou d'une autre. Il en résultera une base de connaissances exhaustive ainsi que des recommandations tactiques et techniques. Les technologies de réalité virtuelle seront également utilisées pour transmettre les contenus de ces formations. Dans cet article, nous présentons les premières ébauches élaborées par Crisis Simulation Engineering Sàrl (France) dans le domaine des scénarios d'exercices virtuels.

Le défi d'un contenu pédagogique orienté vers les groupes cibles


L'un des principaux défis de ce projet est d’élaborer des contenus d’instruction qui soient appropriés aux groupes cibles. Pour cela, quatre groupes cibles ont été définis: forces de première intervention, chefs de groupe, chefs d’intervention et spécialistes. Pour les spécialistes, des leçons complètes couvrant l'ensemble des connaissances actuelles sur une gestion sûre des technologies liées l'hydrogène sont prévues. En outre, ils se verront proposer un module appelé «e-laboratory», grâce auquel ils pourront effectuer des calculs complexes sur le comportement de l'hydrogène. Ainsi, par exemple, la longueur des flammes d’une torchère d’hydrogène pourra être calculée en fonction des propriétés techniques et de l'état du réservoir d’un véhicule fonctionnant à hydrogène. Cet outil devrait par exemple être particulièrement utile aux sapeurs-pompiers impliqués dans les procédures d'homologation des stations-service délivrant de l'hydrogène.

Toutefois, en intervention, les données qui doivent être saisies dans le module de calcul ne sont généralement pas disponibles, raison pour laquelle les participants au projet travaillent actuellement intensivement à l’élaboration de règles simples applicables sur le terrain par les forces d’intervention et permettant, par exemple, d'estimer approximativement le temps nécessaire pour que tout le contenu d'un réservoir d'hydrogène brûlant de façon contrôlée soit consommé.

La principale préoccupation: le risque d'explosion


Les sapeurs-pompiers impliqués dans le projet «HyResponder» sont surtout préoccupés par le risque d'explosion. Il est vrai qu’une fuite d'hydrogène – qui se volatilise très rapidement – avec inflammation est plutôt rare mais il n’en demeure pas moins que, dans des espaces clos tels que les tunnels ou les parkings souterrains, la formation d'un mélange gaz-air explosif ne peut pas être exclue et représente alors un très grand danger pour les forces d’intervention. Si celles-ci peuvent bien se protéger contre le feu et la fumée, il n’en va pas de même pour ce qui concerne l'onde de pression générée par une explosion. De nombreuses questions se posent dès lors dans ce contexte, comme par exemple:

  • à quelles distances doivent se tenir les forces d‘intervention?
  • une attaque intérieure menée dans un parking souterrain où de l'hydrogène s'est échappé d'un véhicule sans s’enflammer est-elle justifiable?
  • quelle doit être l’étendue de la zone d'évacuation autour des véhicules à hydrogène accidentés?

Il s’agit là de questions fondamentales et excessivement difficiles. De grands espoirs sont donc placés dans les nouvelles technologies qui pourraient pratiquement éliminer tout risque d'explosion des véhicules fonctionnant à hydrogène, par exemple au moyen de réservoirs qui, lorsqu'ils sont chauffés, permettent à l'hydrogène de s'échapper à travers leurs parois; dans ce cas, le réservoir brûle, mais sans aucune augmentation dangereuse de la pression interne risquant de le faire exploser.

Un cours suisse en phase de développement


Actuellement, la CSSP et l’International Fire Academy étudient la façon dont les contenus et le matériel pédagogique développés dans le cadre du projet «HyResponder» peuvent être utilisés pour la formation des sapeurs-pompiers suisses. L'objectif est de proposer un cours compact qui se limite aux connaissances de base absolument nécessaires et qui dispense des règles d’intervention simples à l’attention des membres des corps de sapeurs-pompiers. Parallèlement, les connaissances recueillies dans ce projet doivent être rendues accessibles à tous les spécialistes.

La question de savoir ce qu'il est vraiment nécessaire de connaître et quelles sont les meilleures procédures à appliquer en intervention reste ouverte, comme en conviennent tous les représentants des sapeurs-pompiers impliqués dans le projet: jusqu'à présent, il y a eu – heureusement – trop peu d’interventions impliquant des véhicules fonctionnant à l’hydrogène pour pouvoir s'appuyer sur des valeurs empiriques fiables. Cette situation est toutefois susceptible de changer: les technologies liées à l'hydrogène ne se répandent pas seulement de plus en plus rapidement par le biais des véhicules et des infrastructures associées mais des piles à combustible sont désormais également régulièrement utilisées, par exemple, pour l'alimentation de secours des antennes de téléphonie mobile ou comme stockage tampon pour les centrales éoliennes.

HyResponder

Le projet «HyResponder» est financé par Joint Untertaking (JU) Fuel Cells and Hydrogen 2 dans le cadre de la convention de subventionnement n° 875089. CE JU bénéficie du soutien du programme de recherche et d'innovation Horizon 2020 de l'Union européenne, ainsi que de celui du Royaume-Uni, de la France, de l'Autriche, de la Belgique, de l'Espagne, de l'Allemagne, de l'Italie, de la République tchèque, de la Suisse et de la Norvège.

IFA
IFA
Votre interlocuteur direct

Christian Brauner

Responsable de l'équipe Didactique

Responsable de l'équipe Didactique Christian Brauner